Séminaire

 « La Guerre dans les espaces coloniaux et postcoloniaux »

 

2007/2008

 

Université Rennes 2 – Maison de la recherche

(Rectificatif : changement de salle et d’horaires pour les 4 premières séances)

salle N 104 / 14h – 16h

 

Vendredi 19 octobre – L 123 14h30/16h30

Laurent Henninger (Centre d’Études d’Histoire de la Défense/Vincennes)

La « révolution militaire » dans les espaces extra-européens

Le débat sur la « révolution militaire » des temps modernes, lancé par le Britannique Geoffrey Parker au début des années 90, se prolonge de plus en plus aujourd’hui en direction de l’étude des conséquences de cet événement dans les espaces extra-européens. Les armes, les techniques, les méthodes de combat, mais aussi les objectifs et la forme des guerres des Européens ont-ils radicalement modifié les cultures guerrières des peuples des Amériques ? Comment, et dans quelles proportions ? La notion de « métissage » a-t-elle également un sens dans le domaine guerrier et militaire ? L’histoire longue de la conquête et de l’appropriation par l’Occident des continents américains doit aussi prendre en compte de telles dimensions et donc bénéficier des apports problématiques de ce débat jusqu’à présent surtout focalisé sur l’Europe, la Méditerranée, le Moyen Orient et l’Asie orientale

 

Vendredi 16 novembre – L 123 14h30/16h30

Vincent Joly (CERHIO/Université Rennes 2)

Des guerres coloniales

 

En quoi les théâtres d’opérations en situation coloniale aux XIXe et XXe siècles donnent lieu à des affrontements dont les formes sont particulières ? On observera ainsi à partir d’un certain nombre d’indicateurs (l’image de l’ennemi, les gestes de la violence, la culture du combat) et une démarche d’histoire comparée, les caractéristiques des guerres coloniales dans la durée.

 

Vendredi 14 décembre – L 123 14h30/16h30

Bernard Gainot (Paris1)

Guerres indiennes en Amérique du Nord et choc des cultures tactiques au XVIIIe siècle

 

Les guerres coloniales du XVIIIe siècle ont longtemps été appréhendées comme des "conflits périphériques", terrains d'opérations exotiques et lointains, dont l'issue dépendait d'enjeux propres à l'"équilibre européen". A l'inverse, une historiographie plus récente, dans le sillage de la décolonisation, met l'accent sur les "résistances" des peuples autochtones aux impérialismes européens. A distance de ces approches binaires (Européens contre indigènes), ou réductrices (centre/périphéries), nous appuyant sur divers travaux récents, nous proposons de repartir de deux problématiques globales, celle de la /révolution militaire /d'une part, celle de l'histoire atlantique /d'autre part, pour déplacer le regard historique sur la géopolitique coloniale du XVIIIe siècle. Deux affirmations s'imposent d'emblée : 1. Les formations politiques autochtones sont des acteurs à part entière dans le processus de globalisation de l'époque moderne. 2. La guerre n'est qu'une facette d'une politique générale d'échanges entre européens et indigènes. Les études de cas sont multiples; rivalités ternaires autour des comptoirs africains, guerre serviles des formations sociales des Caraïbes. Nous avons choisi ici une approche simplifiée de la "manière indienne de faire la guerre" au cours de la Guerre de Sept Ans (1755 - 1760).

 

Vendredi 18 janvier – L 123 14h/16h

Christophe Giudiccelli (Université Paris 3)

Rébellion ou guerre ? Les soulèvements indiens aux frontières de l'Amérique espagnole coloniale, XVIe/XVIIe siècles

 

Contrairement aux régions centrales de l'empire espagnol d'Amérique, où la souveraineté de l’Espagne s'exerça effectivement sans problème majeur dès la seconde moitié du XVIe siècle, les confins des vice-royautés du Pérou et de la Nouvelle Espagne furent caractérisés par une situation de conflit quasi-permanent mettant aux prises colons et Indiens, parfois jusqu'au-delà des indépendances. Traditionnellement, on traduit cette situation d'agitation belliqueuse en termes de "révoltes" ou de "rébellions", toutes imputées à des groupes indiens pressés de secouer le joug colonial ou animés par une haine plus ou moins démoniaque, selon les perspectives adoptées par les auteurs qui en ont consigné le souvenir historique.

Nous voudrions ouvrir ici la discussion sur les problèmes que posent au chercheur la reprise sans critique préalable du vocabulaire politico-juridique espagnol, et en particulier l'emploi de ces termes minés que sont "révolte" et "rébellion", qui renvoient à la norme juridique espagnole et présentent nécessairement tout soulèvement indien comme une subversion de la paix coloniale. L'inconvénient majeur de cette reprise acritique est qu'elle enferme dans une même catégorie – celle de la délinquance – des faits qui n'ont souvent rien à voir entre eux : une simple attaque d' estancia par une bande de pillards ou un mouvement organisé de guerre visant à raser des villes entières et fondés sur un réseau complexe d'alliances. En d'autres termes, il nous semble indispensable d'abandonner cette perspective, si l'on veut s'attacher à reconstruire la logique de chacun des mouvements indiens menés contre les Espagnols de ces provinces périphériques. Nous appuierons notre réflexions sur l'Histoire de deux "frontières" de l'Empire : la Nouvelle Biscaye, à l'extrême nord de la Nouvelle Espagne, et le Tucumán, qui marquait la limite méridionale du Pérou colonial.

 

Vendredi 14 mars

Clément Thibaud (Université de Nantes)

Guerre à mort et recompositions identitaires dans les armées bolivariennes, début XIXe s

 

Les Indépendances du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade ont été longtemps comprises comme l’accession à la souveraineté étatique de nations formées au cours des trois siècles de domination coloniale. Or il semble bien que la proposition soit à renverser : les émancipations ont créé les identités nationales, non l’inverse. En ce sens, les révolutions hispano-américaines ne furent pas des conflits anticoloniaux dès l’origine, mais ils se transformèrent progressivement en ce sens. Ce renversement pose au moins deux questions nouvelles. En premier lieu, comment caractériser les premiers combats qui se produisirent dans le contexte de la crise de la monarchie espagnole, consécutive à l’invasion napoléonienne de 1808 ? En second lieu, pourquoi la guerre s’est-elle simplifiée par degrés en une lutte binaire opposant des républicains, indépendantistes, libéraux à des royalistes, « Espagnols », absolutistes ? La description de ce parcours permet, par ricochet, de brouiller certains alignements conceptuels (armée, Etat, nation). Elle interroge aussi les fondements d’une dynamique qui associa la transformation des formes de la guerre, l’évolution des forces armées et de l’identité des combattants et la métamorphose des institutions politiques des deux côtés de la ligne d'un front mouvant.

 

Vendredi 11 avril

Jean-Yves Mérian (LIRA/Université Rennes 2)

La diplomatie brésilienne face à la guerre du Chaco

 

La guerre de trois ans (1932-1935) entre le Paraguay et la Bolivie, ne fut pas seulement un conflit terrible (plus de 120 000 morts) entre deux pays pour le contrôle d’un vaste territoire peuplé de moins de 100 000 habitants, mais potentiellement riche en pétrole.
Le conflit concernait l’ensemble du Cône sud dans un contexte de méfiance, de conflit larvé, de paix armée entre les deux principales puissances de la région : le Brésil et l’Argentine qui durait depuis cinquante ans.
Le Brésil avait évité que l’Argentine ne s’approprie le Chaco, à l’issue  du démembrement  partiel du Paraguay, après la Guerre de la Triple Alliance, grâce à la médiation du gouvernement nord-américain en 1878, mais il n’avait pas pu empêcher que le Paraguay ne devienne un véritable protectorat de l’Argentine sur le plan économique et politique à partir du début du 20ème siècle.
Cela n’empêcha pas l’Argentine de réagir avec méfiance à l’annexion de l’Acre par le Brésil en 1903, au dépends de la Bolivie et aux très nombreuses victoires diplomatiques du Barão do Rio Branco pour la définition des frontières en Amazonie et dans la région de Missiones.
Avant et pendant la Guerre du Chaco, le Brésil redoutait que l’Argentine ne profite du conflit pour avancer dans son projet de construction d’une « Argentina Patria Grande » sur les bases de l’ancien Vice-royaume de la Plata.
Nous
montrerons comment la diplomatie brésilienne de Getúlio Vargas, qui maintint une neutralité active durant le conflit du Chaco, joua avec habilité des rivalités entre les différents pays de la région : Bolivie, Paraguay, Chili, Argentine, pour  obtenir un pacte de non-agression et un nouvel équilibre dans le Cône sud avec la complicité des Etats-Unis.
Cela constitua les bases d’une coopération régionale dans le bassin de la Plata et permit le futur désenclavement de la Bolivie vers l’Atlantique. (Rio Paraguay – chemin de fer Corumbá-Santa Cruz). Nous illustrerons aussi la traduction sur le plan diplomatique de l’affrontement des deux conceptions géopolitiques concurrentes du Brésil et de l’Argentine pour le leadership en Amérique du sud.

 

 

Vendredi 23 mai

1 - Nicolas Richard (CERHIO/Université Rennes 2)

Archéologie des guerres indiennes dans le Cône sud, XVIIIe/XXe siècles

 

2 – Luc Capdevila (CERHIO/Université Rennes 2)

La guerre du Chaco : caractéristiques d’une guerre de colonisation (années 1900/1930)

 

La guerre du Chaco est généralement représentée et étudiée comme un conflit international opposant deux États nations – la Bolivie et le Paraguay – se disputant une terre de confins. Or, avant-guerre, le Chaco boréal était parmi les dernières terres indiennes d’Amérique du sud restées en marge du maillage des États. De ce fait, au moment même où les deux armées de conscription s’affrontaient pour conquérir ce territoire, elles engageaient simultanément un processus de colonisation. Il s’agira à travers cet événement militaire d’analyser et de comparer les formes du colonialisme interne paraguayen et bolivien au début du XXe siècle, et d’étudier en quoi a consisté une guerre internationale qui s’est déroulée tierra adentro.

 

Vendredi 30 mai

Gérard Borras (LIRA/Université Rennes 2)

Guerres et expressions culturelles dans les pays andins, XIXe/XXe siècles

 

Les guerres génèrent l’exacerbation des sentiments et touchent de larges secteurs sociaux des sociétés en conflit. Rejet et caricature de l’ennemi, consolidation et exaltation des sentiments nationaux et patriotiques, éloge de la bravoure, du courage sont ceux qui occupent le plus souvent le devant de la scène. L’histoire des pays andins offre à cet égard des cas d’école. Dans des pays vivant un processus difficile de construction nationale les conflits donnent lieux à de violents affrontements qui passent aussi au travers des discours et des représentations. Nous voudrions montrer comment des productions culturelles comme les chansons et les musiques  généralement assez peu travaillées par les historiens des conflits, peuvent dans des circonstances précises nous aider à penser et à comprendre ces sociétés en guerre. L’analyse porte sur trois situations de crise : la guerre du Pacifique (1879-1883) et ses prolongements jusqu’au traité de 1929, la guerre du Chaco (1932-1935), et la « guerre » de Leticia en 1932.